Les origines d’un cycliste

C’était en 2008 et j’avais une peur mortelle de faire du vélo en ville.  Cinq années avaient passé depuis le jour où ma dernière bicyclette avait été volée à l’université et naviguer les rues de Toronto sur deux roues semblait être une épreuve déroutante, dangereuse et remplie d’obstacles sous la forme de voies de tramway, de portes de voiture s’ouvrant soudainement et de nids de poule.

Malgré cela, je commençais à me lasser de compter sur la TTC pour me rendre au travail, un trajet ne comprenant que quatre arrêts de métro.  Avec l’augmentation incessante du nombre de passagers dans le Rocket, prendre le métro au sud de Bloor pendant l’heure de pointe était une tâche de plus en plus déconcertante.

Mon intérêt pour la bicyclette a commencé à être piqué quand j’ai découvert que plusieurs collègues avaient abandonné leurs cartes de Metropass en faveur de la bicyclette pour leurs longs trajets quotidiens, profitant du local à vélos et des douches installées dans notre bureau, dans le quartier du marché St. Lawrence.

Aaron Hay avec sa bicyclette

À la lumière de cette combinaison de facteurs, je me suis dit que la seule façon pour moi de savoir si je pouvais faire du vélo en ville serait de me forcer à le faire pendant deux semaines d’affilée.

Je ne voulais pas dépenser trop d’argent afin d’obtenir l’équipement nécessaire pour faire cette expérience extrêmement scientifique, alors je me suis tourné vers Craiglist pour chercher une monture.  En un rien de temps, j’ai déniché un joyau : un randonneur d’Eaton de 1982 en parfait état.  Avec sa selle à suspension, ses six vitesses, ses garde-boue chromés, sa sonnette d’origine et l’absence complète de toute trace de rouille, cette merveille à deux roues convenait parfaitement à mes besoins.  Pour la coquette somme de 125 $, je suis devenu l’heureux propriétaire d’une monture résolument à la mode… ou presque.

Les quelques premiers jours sur la route, j’y suis allé doucement et avec précaution, évitant les coups de vent créés par chaque voiture me dépassant.  J’ai réappris les signes de circulation, j’ai porté mon casque et j’ai choisi l’itinéraire le plus sécuritaire jusqu’au bureau.  Néanmoins, en moins d’une semaine, j’avais acquis un sentiment de confiance que je ne pensais pas possible et, la deuxième semaine, j’étais retombé amoureux de ma ville.  N’étant plus confiné aux tunnels souterrains, suivant des trajets de tramway et des virages serrés, je me suis retrouvé à filer dans la ville, chaque jour, pour rendre visite à des amis et me rendre dans des quartiers et des boutiques vers lesquels je répugnais auparavant à faire le périple.

J’ai rapidement découvert quelque chose qui, malheureusement semble échapper à de nombreux cyclistes : respectez les règles, vérifiez tous les angles toutes les quelques secondes, n’oubliez pas de regarder les autres dans les yeux et, bon sang, les automobilistes vous respecteront aussi, en général!  En respectant la ligne d’arrêt aux feux de circulation, en signalant mes intentions et en faisant des efforts considérables pour dépasser par la gauche, j’ai découvert que les automobilistes m’accordaient un bon degré de liberté d’action et envahissaient rarement ma zone de sécurité.  Il est possible de faire du vélo en ville en toute sécurité – c’est simplement le groupe omniprésent de cyclistes se considérant exempts des règles de la route qui font que cela semble dangereux.  Malheureusement, mon cercle de bonne volonté ne s’est pas étendu aux taxis, un type de véhicule qui continue de me rendre nerveux.

D’un autre côté (contre-intuitif), les conducteurs de la TTC sont devenus instantanément mes meilleurs amis.  Ces professionnels apprécient mieux que quiconque un bon contact du regard et l’utilisation de signes d’intention.  J’ai été stupéfait d’apprendre que je pouvais établir des relations quartier par quartier avec un conducteur de transport en commun ou que je pouvais même utiliser un tramway ou un autobus comme protection contre la circulation dans ma voie.

En dépit de ma passion instantanée pour la bicyclette en ville, ma confiance pleine d’entrain a été ébranlée une ou deux fois.  Je ne suis jamais entré en collision avec un autre véhicule, mais mes rencontres surprenantes avec des voies de tramway que la pluie avait rendues glissantes ont provoqué des désastres.  Ma pire expérience a été mon vol plané par-dessus le guidon qui a déchiré mes vêtements et m’a forcé à boiter pendant des semaines.  Ces voies ferrées, dont la présence est constante pour un cycliste circulant chaque jour en centre-ville, font depuis ce jour-là l’objet de mon attention intense.

Et, qu’en est-il de mon randonneur spécial d’Eaton?  Et bien, je pense que cette bicyclette est l’une des principales raisons pour lesquelles cette chaîne illustre de grands magasins a fait faillite.  Ce joyeux tas de ferraille ne pouvait pas s’arrêter dès qu’il y avait la moindre trace d’humidité dans l’air – mes pieds étaient plus utiles que ce qui supposément devait servir de freins.  Elle était suffisamment confortable, mais la chaîne se coinçait constamment dans les engrenages Shimano au rabais.  Je pense que les garde-boue chromés surdimensionnés étaient la meilleure chose sur cette monture risible.

Finalement, je me suis retrouvé à circuler à des vitesses bien supérieures à celles que la conception du randonneur d’Eaton avait l’intention de permettre et j’en ai usé le cadre entier en une seule année.  Je suis maintenant le fier propriétaire d’un randonneur KHS merveilleusement durable et robuste qui accepte la punition des voies de tramway et des nids de poule et qui m’emporte partout rapidement.  (Par coïncidence, aujourd’hui marque aussi le premier jour où j’ai utilisé l’ingénuité du système public de bicyclettes BIXI pour me rendre au travail.)

Je suis maintenant un cycliste urbain convaincu, avec pinces à vélo, lumières de casque et tout.  Quand je repense à 2008 et ma première expérience à vélo dans Toronto, je peux pas m’empêcher de rire à ma propre naïveté.

 Aaron Hay, Conseiller de programme, Smart Commute

About Smart Commute
Commuter benefits program for the Greater Toronto and Hamilton Area.

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